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7 min de lecture14 juillet 2026

SkinnyTok : le même poison, un nouveau costume

Annoncé par TikTok le 4 juin 2025, le blocage du #skinnytok n'a en réalité rien fait disparaître. Le mouvement a seulement changé de forme : d'autres hashtags, d'autres vidéos, le même danger.

masque

Le #skinnytok, la fausse victoire

On connaît tous plus ou moins le #skinnytok, ce hashtag qui met en avant les corps minces et qui, entre nous, prône la maigreur, parfois même la maigreur extrême. Ce hashtag, supprimé par TikTok dans le courant du mois de juin 2025, a été vu comme une victoire par beaucoup de personnes qui militaient contre cette tendance. Je concède que ce geste est un très bon point de la part de plateformes telles que TikTok, Instagram ou autres. Cela prouve qu'il y a un réel problème aujourd'hui avec la culture de la maigreur. De plus, cette suppression a mis en lumière une face que les gens ne voyaient pas forcément. Elle a donc permis de sensibiliser le public, d'autant plus qu'énormément de médias en ont fait des reportages, touchant ainsi un plus grand public et pas seulement les utilisateurs des réseaux sociaux.

Le déguisement

Cependant, malgré la suppression de ce hashtag, les utilisateurs ont trouvé des moyens détournés de continuer à prôner la maigreur. Et très sincèrement, selon moi, c'est pire : maintenant c'est plus discret, mais tout aussi dangereux. La toxicité des réseaux sociaux, entre nous, ne disparaîtra jamais. Ce culte des corps soi-disant parfaits existait bien avant nous et existera encore bien après nous ; il trouvera toujours des solutions pour se fondre dans la masse, passer inaperçu, tout en restant tout aussi dangereux.

Beaucoup de personnes nous montrent leur vie à travers des « what I eat in a day », des routines « lifestyle sain », des routines de sport, des listes d'aliments « recommandés » et « interdits ». Cette ère de la clean girl peut paraître alléchante, et certaines de ces personnes ne sont pas du tout toxiques ; mais beaucoup d'entre elles, malheureusement, prônent encore une maigreur, un corps pas forcément sain ni en bonne santé, des « what I eat in a day » irréalistes avec des besoins nutritionnels bien plus bas que ce qu'il faudrait. Le #skinnytok tel qu'il était n'existe peut-être plus, mais ses alternatives, elles, se portent très bien : Euronews confirme que du contenu nocif similaire prospère sous des hashtags modifiés ou mal orthographiés.

Et c'est un engrenage : les personnes qui se perdent sur ce genre de vidéos et qui en aiment une vont en recevoir de plus en plus dans leurs propositions. Une boucle infernale. On se rend compte qu'il existe une multitude de détours pour continuer à donner ces « conseils » et ces « idées » pour maigrir. Le skinnytok n'est qu'un hashtag de plus parmi tant d'autres à avoir percé. Avant lui, il y avait le pro-ana : il avait été réduit, et pourtant la création d'autres mouvements et d'autres hashtags a continué. C'est une lutte constante. La chercheuse de Cornell Brooke Erin Duffy l'explique bien : beaucoup de contenus se trouvent dans des « zones grises » bien plus difficiles à réguler, et dès qu'une plateforme bloque un hashtag, les utilisateurs créent aussitôt un contournement.

Les commentaires, le poison invisible

Un autre point que, malheureusement, je ne vois pas être assez abordé : les commentaires. Sous des vidéos de danse, des vidéos comiques, des crash tests, des dégustations, des outfits du jour ou autres, sous chacune de ces vidéos où le corps n'est absolument pas mis en avant et n'est même pas le sujet, on trouve des commentaires du style « corps parfait », « body goal », « body tea », « routine de sport ? », « les jambes de la gloire »… Ces commentaires, qui sont littéralement un poison, sont partout.

Recevoir ce genre de commentaire, cela signifie aux autres que le corps parfait, c'est celui-là et pas un autre ; que pour être vu comme beau, il faut une silhouette identique ou similaire. Et les gens qui se permettent de commenter ainsi sont, pour moi, un vrai problème : ils sont toxiques au plus haut point. Déjà pour la raison que je viens d'énoncer, à savoir laisser croire qu'il existe un type de corps parfait et que le reste est laid et pas acceptable ni accepté, mais aussi pour la personne qui reçoit ces commentaires. Admettons qu'elle ait des complexes sur ses jambes et qu'elle lise « waouh, les jambes de la gloire » : cela signifierait pour elle que tout le monde voit ses jambes, donc que tout le monde voit son complexe. Admettons maintenant que cette personne soit malade, qu'elle ait des TCA : un tel commentaire reviendrait à lui affirmer qu'elle doit continuer d'être malade, puisque son corps est vu comme parfait. Ce genre de commentaire peut simplement la conforter dans la maladie et lui faire croire qu'elle a raison.

Quant aux lecteurs et lectrices de ces commentaires, celles et ceux qui sont complexés par leur corps et qui trouvent ce type de silhouette beau, ils peuvent se dire que, en effet, pour être « belle », il faut avoir ce corps, et donc plonger dans les TCA, la dépression. Cela peut même créer de nouveaux complexes. Ce genre de commentaire, en général ultra-liké, donne une confirmation collective du type de corps à avoir pour être considéré comme beau dans cette société.

Et à l'inverse, il y a les commentaires comme « elle a dû manger le magasin entier », « j'aurais peur si j'étais patron d'un buffet à volonté », « elle est fâchée avec les légumes », « elle ne connaît pas la salle de sport ». Ce type de commentaire, malsain pour tant de raisons, est tout simplement horrible. On en voit partout. Certains y répondent en disant que c'est gratuitement méchant, qu'on ne connaît pas la vie de la personne, qu'elle peut être malade ou traverser des difficultés. Mais beaucoup en rient et en rajoutent. Là encore, les personnes qui reçoivent ça comme celles qui le lisent peuvent tomber dans les TCA, la dépression et bien d'autres choses. Selon moi, on ne devrait même pas porter de commentaire sur le corps de quelqu'un, que ce soit un compliment, une insulte ou même un conseil : des conseils qui, pour beaucoup, ne sont que des reproches, des critiques, voire des insultes déguisées.

Hollywood, ou le retour de la maigreur

Maintenant, parlons des stars, d'Hollywood, des médicaments. Aujourd'hui, on voit de plus en plus de stars retirer leurs injections, faire des liftings, des réductions, des liposuccions, ou encore prendre des médicaments en détournant leur usage d'origine pour maigrir. Beaucoup le font, selon moi, sans spécialement le vouloir ; mais la mode est si forte, et il y a tant de personnes qui veulent devenir connues, qu'il faut se démarquer pour décrocher des projets, des contacts… et pour cela, beaucoup choisissent de maigrir, parce qu'aujourd'hui, ça revient dans les standards de beauté.


On le voit sur les réseaux, dans les films, dans les clips, dans les défilés : des femmes et des hommes plus minces les uns que les autres. Des stars qui perdent des dizaines de kilos et nous disent qu'elles se sentent mieux, plus belles. Vu comme ça, tant mieux pour elles ; mais, malheureusement, beaucoup ne vont pas mieux, et tout cela ne fait qu'étaler des corps amaigris partout, donnant aux jeunes filles et aux jeunes garçons des exemples intenables sainement. Cela enfonce encore un peu plus ce culte de la maigreur : les corps sains, en bonne santé, passent pour « trop », et les corps maigres deviennent le but à atteindre. Tout cela a déjà été vu dans les années 2000 ; beaucoup s'étaient plaints, révoltés ; et pourtant, aujourd'hui, ça revient en force. Heureusement, beaucoup s'en souviennent et luttent contre. Megan Jayne Crabbe le résume bien lorsqu'elle observe qu'avec l'essor des médicaments GLP-1 comme solution minceur rapide, le récit selon lequel « la minceur est de retour » réapparaît.

Pour conclure


Aucune plateforme ne réglera ça à notre place, on l'a bien compris : bloquer un mot, c'est en voir naître dix autres. Le vrai changement, il est entre nos mains : dans ce qu'on like, ce qu'on commente, ce qu'on laisse passer sans rien dire. Refuser de commenter un corps, qu'il soit « parfait » ou non, c'est déjà retirer une goutte de ce poison. Car la vraie victoire, ce n'est pas la disparition d'un hashtag : on l'a vu, ça ne suffit pas. C'est d'apprendre à reconnaître le poison sous ses nouveaux costumes, et de plus en plus de personnes le font. C'est exactement pour elles, et pour toutes les autres, que Pupa existe : un espace sans chiffres, sans comparaison, sans jugement, où l'on avance à son rythme plutôt que vers un idéal impossible.



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